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Louvre-Lens: Et le noir devint la couleur de la noblesse

Antépénultième épisode de notre rendez-vous estival avec l’exposition Soleils Noirs au Louvre-Lens. Cette semaine, le noir devient un « dress code ». Au XVII e siècle, il est à son apogée en tant que couleur vestimentaire exprimant un rang social élevé. Mais le noir peut aussi être la couleur de la misère…

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Journaliste
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Le noir en tant que code social est passé de l’ombre à la lumière, au fil d’un chemin paradoxal où la couleur du péché est devenue celle de la rectitude morale.

C’est ce que racontent les toiles de l’exposition Soleils Noirs, dédiées au noir social.

Dans les codes de l’Europe judéo-chrétienne, il symbolise le mal. Pour autant, il revêt dès le XV e siècle un caractère de noblesse. C’est la couleur austère mais pleine de distinction, pour ne pas dire de majesté, adoptée par les ducs de Bourgogne. Un code vestimentaire qui conquiert toute l’Europe aristocratique un siècle plus tard. Avec pour apogée le XVII e, depuis l’Espagne jusqu’aux Pays-Bas.

Les époux du musée Sandelin

Exemple avec la très sobre et tout aussi distinguée toile représentant Henrick Verburg. Prêtée par le musée Sandelin de Saint-Omer, elle est signée Thomas de Keyser.

Portrait de Henrick Verburg, de Thomas de Keyser (1628).
Portrait de Henrick Verburg, de Thomas de Keyser (1628).

Sorte de cliché, ce tableau est fascinant par la richesse du vêtement de brocard noir porté par le sujet, incarnant, expliquent les commissaires de l’exposition, «  le prestige associé au noir dans les Pays-Bas protestants  ».

Le pendant à ce tableau est celui de son épouse, Élisabeth Van der Aa. Là encore, le travail du vêtement noir est explicite.

Portrait d’Élisabeth Van der Aa, par Thmas de Keyser (1628).
Portrait d’Élisabeth Van der Aa, par Thmas de Keyser (1628).

Ici, une nouvelle fois, cette couleur domine sur une robe aux motifs d’une précision rare. Le contraste est total avec la blancheur des mains du sujet, de son visage et de l’énorme collerette lui encadrant la tête.

Les Régents d’Amsterdam

Autre toile mettant en scène le vêtement noir comme marqueur de rang social supérieur, Les régents de la Spinhuis. Cette huile sur toile datée de 1628 présente cinq hommes «  dans la tradition hollandaise du portrait de groupe ». Le noir est d’autant plus significatif de la supériorité sociale et morale, que ces hommes étaient en quelque sorte les directeurs d’une institution qui, à Amsterdam, était un lieu de redressement destiné aux femmes coupables de crimes ou pauvres...

Les Régents de la Spinhuis, de Nicolaes Eliasz Pickenoy (1628).
Les Régents de la Spinhuis, de Nicolaes Eliasz Pickenoy (1628).

Enfin, un tableau là encore du XVII e siècle, présente une mère et son fils. On ne connaît pas l’identité de la famille italienne posant ainsi pour l’éternité. En revanche, la tenue vestimentaire, clairement riche, repose sur des tissus noirs savamment travaillés. Et rehaussés par des touches de blanc, d’or et de gris perle. Bref, de la haute couture d’une autre époque, fidèlement restituée par un pinceau d’orfèvre.

Portrait de femme avec un enfant (XVII 
e
 siècle). Auteur inconnu.
Portrait de femme avec un enfant (XVII e siècle). Auteur inconnu.

Misère noire, un autre regard sur les codes sociaux

Le noir social peut aussi être pris sous l’angle de la dénonciation, comme aurait fait un Zola. En témoigne la section Misère noire. Une des œuvres remarquables s’intitule Une Scène de Paris (1833- Philippe-Auguste Jeanron).

Une Scène de Paris, de Philippe-Auguste Jeanron (1833).
Une Scène de Paris, de Philippe-Auguste Jeanron (1833).

On y voit un homme et ses trois enfants réduits à l’état de mendiants. Ils sont sur les quais de Seine. Ici aussi le noir est présent. Mais il raconte un moment de la France, les espoirs déçus des Trois Glorieuses et de la Monarchie de Juillet. C’est ainsi un tableau militant, une œuvre engagée, dénonçant la misère, mais surtout un régime politique.

Près de cinquante ans plus tard, Fernand Pelez peint à son tour la misère dans Paris.

Un Martyr. Lemarchand de violettes, tableau de Fernand Pelez (1885).
Un Martyr. Lemarchand de violettes, tableau de Fernand Pelez (1885).

Le Louvre-Lens en propose Un martyr. Le marchand de violettes. Un tableau et un titre là encore aux accents engagés, qui pourront, eux, faire penser aux discours enflammés du député Victor Hugo contre la misère et à un de ses romans cultes : Les Misérables.

Retrouvez l’intégralité de notre série sur Soleils Noirs : Épisode 1 :

Louvre-Lens : Bercés par l’éclat de quelques nocturnes [Vidéo]

Épisode 2 :

Louvre-Lens : quand le rien devient de l’art

Épisode 3 :

Louvre-Lens : Noirs éléments pour une nature noire [Vidéo]

Épisode 4 :

Louvre-Lens : le noir rédempteur au service de l’émotion [Vidéo]

Épisode 5 :

Louvre-Lens : Et si le noir n’était qu’une illusion ?

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