Municipales 2026 en Flandre-Lys : au moins quatre communes sur huit auront un nouveau maire, la CCFL face à une recomposition inédite ?

C’est la fin d’un cycle politique en Flandre-Lys. Pas d’alternance spectaculaire, mais de nouveaux visages viendront se fondre dans la cour du pouvoir en place. À l’issue des élections municipales en mars 2026, près de la moitié des habitants du territoire au moins seront en effet représentés par un nouveau maire. De quoi faire vaciller l’équilibre feutré d’intercommunalité.
Car sur les huit communes que compte la communauté de communes Flandre Lys (CCFL), quatre verront leur maire changer quoi qu’il arrive. Fleurbaix, Laventie, Sailly-sur-la-Lys et La Gorgue tournent la page d’un mandat de parfois plusieurs décennies. À elles seules, ces communes représentent près de 44 % de la population intercommunale. Autrement dit, près d’un habitant sur deux sera représenté demain par un nouveau maire.
À cela s’ajoute le cas particulier d’Estaires qu’on pourrait presque faire entrer dans la première catégorie de communes suscitées. Dans la cité des Baudets, Dorothée Bertrand, en poste depuis juin 2025 après la démission brutale de Bruno Ficheux, se présente pour la première fois devant les électeurs avec l’écharpe. Dans ce contexte, la stabilité intercommunale incarnée depuis 2020 par Jacques Hurlus, maire de Lestrem et président de la CCFL, apparaît plus fragile qu’il n’y paraît. Si certaines figures sont solidement installées, la majorité communautaire repose sur des équilibres locaux qui pourraient être profondément modifiés dès le soir du premier tour, dimanche 15 mars.
La Gorgue, Merville, Estaires : les points de rupture ?
Dans les trois villes centrales de la Flandre-Lys, la bataille est très indécise. Et l’issue de ces scrutins aura un impact évident sur la nouvelle composition de la CCFL. À La Gorgue, quatre listes s’affrontent dans une configuration inédite depuis 2008. La succession du maire sortant Philippe Mahieu, vice-président aux finances à la CCFL, ouvre une brèche. Certes, le premier magistrat figure en bonne place sur la liste de Monique Evrard, adjointe et héritière désignée. Mais l’éclatement de la majorité – avec Michel Dupas, adjoint aux sports, en dissidence et ex-candidat en 2014 pour la présidence de la CCFL – fragilise mécaniquement l’assise politique du bloc sortant. Une victoire de l’une des trois listes d’opposition – celle de Philippe Brouteele, aussi président sortant du SMICTOM et ex-premier adjoint à Lestrem, et Caroline Mouflin en plus de Michel Dupas – pourrait bien priver la CCFL d’un de ses piliers historiques. Car avant 2020, Philippe Mahieu avait déjà été vice-président aux finances entre 2008 et 2014 avant d’être nommé vice-président à l’aménagement de l’espace pour le mandat suivant (2014-2020).
À Merville, le maire sortant Joël Duyck avance en terrain miné. Clivant, assumant son style de « bulldozer », il a laissé derrière lui un mandat heurté : hausse des impôts malgré une consultation populaire défavorable, un contact difficile avec les collectifs opposés à la nouvelle déchetterie et de lutte contre les inondations, relations de plus en plus tendues avec l’intercommunalité de Jacques Hurlus depuis fin 2024. Même en cas de réélection, Joël Duyck pourra-t-il conserver une vice-présidence à la CCFL ou son isolement politique pèsera-t-il ? En face, Martine Lorphelin incarne une opposition structurée, tandis que la gauche mervilloise tente de renaître par le mouvement Nouvel Elan porté par Laëtitia Flament. Là aussi, l’issue est tout sauf écrite.
À Estaires enfin, l’enjeu dépasse la simple alternance. Après 17 ans de règne de Bruno Ficheux, la commune cherche un nouveau souffle. L’arrivée il y a moins d’un an de Dorothée Bertrand aux manettes a marqué un réchauffement des relations avec la CCFL. Mais face à elle, Michael Parent et Sébastien Gisquière rappellent que le socle électoral de l’ancien système n’a pas disparu. Une victoire nette de Bertrand conforterait une ligne plus consensuelle au sein de la CCFL. Une victoire courte – ou une défaite – réintroduirait une forme d’incertitude dans une commune longtemps structurante à l’échelle intercommunale.
À Lestrem, le président joue gros à la maison
C’est paradoxalement à Lestrem, commune stable, que pourrait se jouer l’un des basculements les plus symboliques. Jacques Hurlus, maire depuis 2010 et président de la CCFL depuis 2020, fait face pour la première fois depuis 2008 à une opposition déclarée. La candidature de Peter Bailleul, novice en politique mais soutenu par Marc Delannoy – ancien maire et prédécesseur d’Hurlus et ex-président de la CCFL – a l’effet d’un grain de sable dans une mécanique bien huilée.
Même si Jacques Hurlus reste favori, une campagne disputée – ou une victoire étriquée – affaiblirait son autorité politique à l’échelle intercommunale. Or, dans une CCFL appelée à se recomposer, la force du président repose autant sur sa légitimité municipale que sur sa capacité à fédérer. Et puis Jacques Hurlus a connu les difficultés à composer avec un conseil communautaire divisé : « Le début de mandat a été un peu compliqué, il a fallu au fil des mois recréer une certaine confiance, expliquait le président en juillet 2025. J’ai été élu à l’âge [face à Bruno Ficheux, NDLR], à l’ancienneté, donc par un score historique 21 contre 21, contre toute attente. »
Des communes plus calmes mais pas sans enjeu
Ailleurs le calme apparent masque des enjeux bien réels. À Sailly-sur-la-Lys, c’est aussi une page qui se tourne : le maire sortant Jean-Claude Thorez, vice-président en charge de l’environnement, de la transition écologique et de l’aménagement du territoire, a désigné son héritier, en la personne de Pierre-Luc Ravet. Seul en lice, c’est une élection sans suspense qui aura lieu le long de la rue de la Lys. Mais elle garantira une continuité de représentation communautaire.
À Haverskerque, Jocelyne Durut, maire sortante et vice-présidente en charge du tourisme et des mobilités douces, devrait conserver son siège sans difficulté - aucune autre candidature ne s’est pour l’instant déclarée. Une stabilité précieuse dans un exécutif qui risque, par ailleurs, de perdre plusieurs têtes d’affiche.
À Fleurbaix, le départ d’Aimé Delabre ouvre une confrontation inédite depuis 2008. Mathieu Leleu, fin connaisseur des rouages administratifs grâce à son expérience de directeur général des services dans plusieurs communes depuis une vingtaine d’années, incarne une continuité assumée. Face à lui, Thierry Brement propose une lecture plus horizontale de l’engagement, allant jusqu’à envisager de ne pas siéger lui-même à la vice-préisdence à l’intercommunalité - comme cela a été le cas concernant le maire sortant de Fleurbaix, Aimé Delabre, lors de ce mandat 2020-2026.
À Laventie enfin, la succession de Jean-Philippe Boonaert s’annonce plus délicate qu’il n’y paraît. Nathalie Debaisieux porte la bannière de la majorité sortante, mais les rumeurs de tensions internes et l’absence possible du maire sortant sur la liste pourrait fragiliser cette continuité. En face, Jean-Marc Faidutti, renforcé par six années d’opposition, pourrait tirer profit d’un désir de renouvellement.
Au soir des municipales de mars 2026, la CCFL ne pourra pas se contenter d’un simple ajustement à la marge. Trop de maires nouveaux, trop de rapports de force recomposés. La question ne sera pas seulement de savoir qui présidera l’intercommunalité, mais avec quelle équipe, quelle légitimité et quelle ligne politique.





